Scorpions - In Trance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Critiquer aujourd’hui un album des Scorpions peut paraitre assez ridicule. Tombés dans la marmite du maelstrom commercial au mitan des années 80 avec le populaire et mitigé Love At First Sting, puis carrément réduit au rang de grand-guignol à l’aube des nineties avec l’insipide Crazy World, il serait dommage d’oublier que le combo germanique fut l’un des fers de lance du hard-rock des années 70.

Le groupe enchainait alors les grands albums, Fly To The Rainbow, Virgin Killer, Taken By Force, Lovedrive, Animal Magnetism ou encore l’immense et puissant Blackout, mais s’il était un chef-d’œuvre qui symbolisait cette glorieuse époque, alors le magnifique In Trance, sorti en 1975, fut incontestablement celui-ci.

Il est vrai qu’à cette époque, les inamovibles Klaus Meine et Rudolf Schenker étaient épaulés par l’un des plus grands guitar heroes de l’histoire du rock, le fantasque Uli Jon Roth. Il faut bien prendre la mesure du rôle joué par le six-cordiste virtuose au sein des Scorpions durant cette période, son rayonnement et son talent étaient si grands qu’il composait à lui seul la plupart des titres et que sur deux des morceaux de l’album, l’entame bouillante et psychédélique Dark Lady et le bluesy Sun In My Hand, il put se permettre de « chasser » le chanteur attitré du combo, Klaus Meine, pour imposer le son de sa voix… chose devenue impensable après son départ avec tous les autres line-up.

Produit à l’époque par l’incontournable Dieter Dierks, certainement l’un des grands artisans du son Scorpions, In Trance était le troisième album du quintette teuton. La faction dure des fans de hard-rock retiendra évidemment les deux brulots mythiques de ce brillant exercice, les furieux Top Of The Bill et Robot Man, deux morceaux entrés pour l’éternité dans la légende du rock. D’autres noteront déjà la propension des allemands pour la langueur du slow sur les magnifiques In Trance et Life’s Like A River. Les dix pièces de cet opus sont une pure merveille, magnifiées par la dualité des jeux de guitares de Rudolph Schenker et d’Uli Jon Roth et par le chant inimitable de Klaus Meine, elles font d’In Trance une œuvre majeure à déguster sans modération.

 

Scorpions - In Trance2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout le monde connait aujourd’hui les Scorpions par le prisme des trop mièvres Still Loving You et Wind Of Change, mais qui se rappelle ou a même un jour connu les immenses Polar Nights, Speedy’s Coming, The Riot Of Your Time, The Sails Of Charon, Can’t Get Enough, Coast To Coast, The Zoo, Blackout ou autre Dynamite. Alors oui, admettons que les Scorpions ne représentent aujourd’hui plus grand chose, que leurs albums les plus récents fleurissent dans les bacs à soldes des hypermarchés et qu’ils ne sont certes pas devenus les Beatles ou les Rolling Stones, mais reconnaissons aussi que pendant une dizaine d’années, ils ont représenté ce que le rock, lourd de préférence, faisait de plus grand.