U2 - Songs Of Innocence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? » Le début du célèbre monologue de Don Diègue, tiré du Cid de Pierre Corneille, s’adapte à merveille au sentiment amer que diffuse ce nouvel opus de U2.

Difficile d’évoquer aujourd’hui cette légende des années 80 qui a bercé la jeunesse de toute une génération. U2 nous a fait danser, rêver et rendu ivre de bonheur, le tout en réussissant le tour de force de plonger nos consciences désinvoltes au cœur des maux de ce monde. Qui s’intéressait réellement au gravissime conflit nord-irlandais avant d’avoir entendu et compris le mythique Sunday Bloody Sunday ?  

Mais aujourd’hui que peut-on encore attendre d’un groupe qui est sorti des radars de l’innovation musicale après l’immense Achtung Baby ? Que peut-on encore espérer lorsque l’on s’est ingénié à détruire pendant une trentaine d’années son génie créatif ?  

La réponse est malheureusement dans ce nouvel opus : plus rien !

Pour l’enivrement que nous a fait connaitre le combo dublinois à son apogée, il y a donc des lustres, imposons-nous d’écouter cet album jusqu’à son terme. Mais que cela est dur, la magie n’opère plus, l’indifférence remporte rapidement la bataille et l’on jure de ne pas se faire prendre une seconde fois. Comme bien d’autres avant lui, Songs Of Experience revisite l’histoire musicale de U2. Les irlandais usent encore une fois jusqu’à la corde ces arpèges éculés. Pour contenter un public encore nombreux, toujours avide de resucées mélodiques, le quatuor ne prend plus de risques, il décline à l’infini son ancestrale recette miracle. La platitude des tubesques You’re The Best Thing About Me et Get Out Of Your Own Way illustre parfaitement cette inclination douteuse dans l’art de la répétition…

Songs Of Experience n’est pas un album foncièrement mauvais, il rencontrera d’ailleurs aisément le succès, il est juste une énième rengaine imposée par Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen Jr qui n’entretient même plus la flamme nostalgique d’un inconditionnel de la première heure…